INVENTAIRE DE COLLECTIONS : DE NOUVELLES PÉPITES RÉVÉLÉES

Publié le jeudi 08 octobre 2026 - Avranches

Que racontent-ils ? Si le cinéma a rempli notre imaginaire de dinosaures, il existait aussi dans ces temps anciens des animaux marins dont certains nous sont familiers (même si leur version d’aujourd’hui n’a plus rien à voir en réalité) comme ces ancêtres de la coquille Saint-Jacques (photo de gauche en haut), d’amonites et de céphalopodes ( au milieu), d’oursin et huître. Le dernier, un trilobite est le plus mystérieux. Il a disparu il y a 520 millions d’années sans nous laisser de descendant.

Sur la seconde photo, venant de temps moins anciens, un bout de dent de mammouth laineux, genre préhistorique disparu mystérieusement quant à lui il y a 4000 ans.
Faute d’étiquettes ou d’inventaires de l’époque de l’acquisition de ces objets, cette nouvelle expertise apporte peu d’information sur le plan scientifique. Mais elle permet d’identifier et nommer les choses. Les cailloux sont devenus des minéraux et des roches. Les os sont devenus des fossiles d’animaux. Pour Céline Robinet, paléontologue qui l’a menée, il y a aussi une part d’émotion à continuer de prendre soin d’objets qui ont survécu à des siècles d’histoire.
Désormais connus, ils pourront trouver leur place lors des expositions temporaires du musée.

D’où viennent-ils ?

Tous ces fossiles ont constitué une collection d’histoire naturelle exposée au début du siècle dans le musée d’Avranches. Collection ravagée par les bombardements de 1944. Ce jour là, les vitrines explosent, les étiquettes se détachent, les objets sont éparpillés et deviennent anonymes et muets. Rassemblés dans des caisses, ils seront stockés jusqu’à l’expertise menée ce mois-ci par Céline Robinet, engagée par le musée pour faire le clair sur cette collection muette et peu courante.

Pourquoi regarder cette collection maintenant ?

Il reste aujourd’hui peu de collections non identifiées au sein du musée. Environ 80% des objets ont été identifiés et inventoriés après dix années de travail. Après cette collection d’histoire naturelle, le musée s’attaquera à une collection de coquillages et fêtera la fin des mystères.
En tant que musée de France, le musée d’art et d’histoire est sous tutelle scientifique de l’Etat et a l’obligation de mener ce travail d’identification puis de mener tous les dix ans des inventaires appelé « récollements » qui attestent de la présence de chaque objet dans ses réserves.

La collection d’histoire naturelle se conçoit en deux périodes

Une partie remonte de 18000 à 23000 ans avant le temps présent avec des objets qui viennent de L’Yonne, la Charente et Soane & Loire. Elle est constituée de fossiles de la faune animale de l’époque : le mammouth laineux, le rennes, cheval, caprin, ovin, ours des cavernes.

La deuxième partie est plus ancienne encore, et date d’environ 450 millions d’années avant notre ère.
Elle est constituée de nombreuses amonites ( environ 400 à 666 millions d’années) et céphalopodes, une espèce qui ressemble au nautile d’aujourd’hui et d’animaux marins.
On y a découvert aussi des éléments de requin, le mégalodon. C’est le plus grand requin ayant existé, cousin du grand requin blanc.

Les chiffres clés :
Entre 10000 et 15 000 objets dans le musée.
En histoire naturelle
Géologie : 800
Paléontologie : près de 700 pièces

Les dates clés du musée

1835-1838 : Création du musée
Peu de temps après sa fondation en juillet 1835, la Société d’Archéologie d’Avranches initie un projet de musée voué à conserver les dons d’objets consentis par ses membres. Ouvert au public le 22 juillet 1838, ce premier musée s’installe dans le Palais épiscopal. Les collections, très hétéroclites, prennent place dans 3 salles et vont de l’histoire naturelle aux beaux-arts, en passant par l’archéologie et le lapidaire. Année après année, elles ne cessent d’être enrichies grâce la générosité des membres de la Société d’Archéologie ou de quelques notables de la ville, ou bien encore par des achats.

1839 : Le musée devient municipal
En mai 1839, le musée est cédé à la ville mais continue d’être administré par la Société d’Archéologie. À cette époque, deux conservateurs ainsi qu’un administrateur général sont nommés par la Société pour assurer la gestion du musée. En 1890, Charles Amand Fouqué, peintre et professeur de dessin au collège Littré, devient l’unique conservateur du musée.

1899 : Des efforts réduits à néant par un incendie
Malheureusement, le 15 décembre 1899, un incendie ravage le Palais épiscopal et détruit en grande partie le musée et ses collections, à l’exception du musée lapidaire. Les collections de peintures et d’arts graphiques ont été intégralement réduites en cendres. Fruit de plusieurs décennies d’acquisitions, elles comprenaient des œuvres assez remarquables, dont des dépôts du musée du Louvre.

1910 : Un nouveau départ au Jardin des plantes
Dix ans plus tard, un deuxième musée ouvre ses portes au Jardins des plantes, dans l’ancien couvent des Capucins. Henri Dalimier, conservateur récemment nommé, déploie son énergie à reconstituer une collection à la hauteur de l’ancien musée, comme en témoigne sa correspondance avec d’autres musées en vue d’obtenir des objets. C’est également à cette époque que sont consentis de la part des musées nationaux des dépôts d’œuvres venant enrichir les fonds du jeune musée.

1944 : Le musée bombardé
Pendant les combats de la Libération, Avranches paie un lourd tribut. Le musée n’échappe pas aux bombardements qui détruisent une partie de la ville, et perd à nouveau ses locaux et ses collections, comme 45 ans auparavant lors de l’incendie.
Toutefois, parmi les décombres, on retrouve quelques ensembles épargnés (quand ils n’auront pas été « visités »…). Une véritable entreprise de sauvetage débute pour extraire et tenter de répertorier ce qui peut l’être. Ces objets formeront, presque vingt ans plus tard, le point de départ à l’ouverture d’un troisième musée.

1963 : Le musée, héritier d’une histoire tourmentée
Conservés provisoirement à la Mairie dans l’attente de nouveaux espaces d’exposition, les collections rejoignent progressivement le bâtiment actuel du musée à partir de 1963. Abrité dans l’ancienne Officialité, devenue prison depuis la Révolution, le musée se trouve à nouveau implanté dans l’enceinte épiscopale.
Les fonds sont reconstitués par le nouveau conservateur, Michel Delalonde, et ses successeurs, et l’accent sera mis sur les arts et traditions populaires bas-normands. La vie artistique locale se trouve également bien représentée dans les collections, grâce au peintre Albert Bergevin, qui a lui-même légué une partie de ses œuvres au musée.