Castetner et les chemins de Saint Jacques de Compostelle
LIEU
L’un des moyens préconisés par l'Église catholique pour expier ses fautes était l'accomplissement d'un pèlerinage auquel étaient liées des indulgences que le pèlerin pouvait même capitaliser. En effet, si le pèlerin était riche et …prudent ! il pouvait faire accomplir le pèlerinage par un tiers qu’il rémunérait pour ce faire.
L'accueil des pèlerins tout le long de l'itinéraire était source de revenus pour les nombreuses abbayes que l'on bâtissait partout dans le pays à cette époque. Les premières destinations de pèlerinage furent Jérusalem et Rome, vers le tombeau du Christ ou celui de Saint Pierre. Les très nombreux pèlerins partaient à pied, sur les anciens chemins romains ou chemins roumieus.
Ces deux lieux saints étant devenus dangereux, la découverte en l'an 813 « d'un tombeau de l'apôtre Saint Jacques » à Compostelle en Galice a donné une autre possibilité de lieu de pèlerinage.
Venant de toute l'Europe, les pèlerins de Saint Jacques, les Jaquets, ont commencé à se diriger vers ce lieu où avait été découvert le tombeau du saint apôtre, initiant ainsi les premiers Chemins de Compostelle. En se rapprochant des cols pyrénéens, beaucoup d'itinéraires convergeaient en Béarn.
Les premiers itinéraires étaient aléatoires, dépendant principalement de la possibilité de traverser les cours d'eau.
Faute de ponts, le Gave de Pau devait se franchir à gué. En Béarn, deux passages étaient possibles à gué en périodes de basses-eaux : un à Lendresse à côté de Maslacq et l'autre à Lestelle (Lestelle-Betharam aujourd’hui).
À partir de 1343 la mise en service de bacs a permis d'autres itinéraires. Pour le secteur d’Orthez, un passage avec un bac existait à Lendresse, pour les périodes où le passage à gué n’était pas possible, et entre Castetarbe et Montalibet Sainte Suzanne (la nau de Baure).
Sur le territoire du Larbaigt, plusieurs chemins pratiqués autrefois sont devenus désuets suite à la construction des ponts sur le Gave comme à Orthez et Maslacq.
Trois voies traversent notre territoire :
- La voie du Puy traverse le canton de Lagor :
Venant d'Arthez (par les chapelles de Caubin et de Cagnez), le pèlerin traversait le gave à Lendresse à gué ou à l'aide du bac (nau) pour rejoindre Maslacq où se trouve encore sur la rive gauche du gave la grange de la maison Guironaulé, de la maison du passeur (ce bac a fonctionné jusqu’en 1904 où une crue l’a emporté, la commune prenant alors la décision de ne pas le remplacer). De là, après le site de Muret, empruntant des chemins à l'ouest de Lagor, il rejoignait l'Abbaye de Sauvelade, puis se dirigeait vers Navarrenx, en côtoyant Vielleségure et Méritein.
La construction d'un pont sur le gave à Maslacq a modifié cet itinéraire qui de Lendresse bifurque par Gouze pour rejoindre Maslacq.
- La voie de Bourgogne traverse également le canton de Lagor :
Venant de Larreule, par Poeylas et Saint Faust de Lacq, le pèlerin traversait Lagor et Vielleségure avant de rejoindre le chemin du Puy à Navarrenx. Ce chemin est à présent peu fréquenté.
- La voie de Vézelay :
Elle traversait Sainte Suzanne et Lanneplaà après avoir utilisé la nau de Baure pour traverser le gave (puis le Pont-Vieux d’Orthez à partir du XII e s. qui a remplacé un passage à gué situé à hauteur du coude de la rue du Bourg-Vieux avant d’arriver au Pont-Vieux).
Des voies transversales qui s'étaient créées au cours du temps ont permis des liaisons entre les différentes voies.
C’est l’une de ces voies transversales qui concerne Castetner. Elle partait de Lendresse pour rejoindre Ostabat :
- Les pèlerins qui traversaient le gave à Lendresse, pouvaient au lieu de se diriger vers Muret aller vers l’ouest, vers Maslacq et emprunter ensuite le chemin de Hourquet sur la commune de Castetner.
- Ils rejoignaient alors au « hourquet de Monsenhour Sen Francés » (le carrefour de Monseigneur Saint François) la route de Castetner à Oloron (la route des crêtes actuelle).
- Ils prenaient alors vers l’ouest en direction du coeyrefourcq, au pied de la butte du castèth .
C’est le lieu où se trouvait une croix au pied de laquelle était dressé un reposoir de la Fête-Dieu.
C’était le centre du Vic du Labaigt. Autour se tenaient le cantou (un marché), des maréchaux-ferrants, la maison du notaire du Larbaigt, la Capelle (la chapelle qui sera nommée plus tard capelle de la Pouthine).
A côté se trouvait le castèth sur lequel s’élevaient l’église de la Madeleine et un bâtiment appelé «la saubalade de Baure» (la sauvelade de Baure, probablement un « hôpital », une halte pour les pèlerins).
Un peu en contrebas, se trouvait la source de Barran.
Le pèlerin pouvait donc se rendre à la source, se recueillir à la chapelle et à l’église de la Madeleine et passer la nuit à la Sauvelade.
- Depuis le carrefour ; il avait la possibilité de se diriger soit vers Loubieng soit vers Mondrans pour rejoindre ensuite l’Hôpital d’Orion (sur la voie de Vézelay), puis Sauveterre, Saint Palais et Ostabat.
A Ostabat se rejoignent les chemins d’Orléans, de Vézelay et du Puy avant d’atteindre Punta la Reina où arrive également la voie d’Arles. A partir de Punta la Reina, ces quatre chemins français forment « El Camino Frances » pour se diriger jusqu’à Saint Jacques de Compostelle.
Note personnelle du rédacteur :
Ce n’était pas simplement l’accueil des pèlerins qui était source d’enrichissement pour les abbayes. En effet, les pèlerins fortunés laissaient les moines gérer leur patrimoine pendant leur absence et s’ils ne revenaient pas de leur pèlerinage, les moines se l’appropriaient. Par exemple, on comprend mieux pourquoi il y avait beaucoup de noyades de pèlerins lorsque les moines faisaient traverser le gave à Sorde l’Abbaye. Le guide du pèlerin signalait les lieux dangereux et Sorde l’Abbaye en faisait partie.
Philippe Crabé

