PORTRAIT D' UN ANCIEN COMBATTANT : RAYMOND PERRIN

Publié le mardi 03 février 2026 - ACPG CATM

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Portrait d’un Ancien Combattant d’Algérie : Raymond Perrin.

 

 

« Tout ça, c’est bien loin, mon p’tit ! » Ce sont sur ces mots que débute l’interview que je mène, aujourd’hui, auprès de Raymond Perrin, un « enfant de Chantelle », qui a passé plus de deux années en Algérie, durant le conflit.

Raymond est né le 16 novembre 1937, rue de la Font Neuve. Sa famille s’intéressant beaucoup à la politique et aux actualités, il garde un souvenir très fort du jour où éclate le conflit algérien. Il travaille alors à Deneuille, en tant qu’ouvrier agricole, et suit de près les événements, à la fois en parcourant le journal et en écoutant la radio.

Le 6 janvier 1958, Raymond est appelé au 23ème Régiment d’Infanterie, à Montpellier, où il « fait ses classes », quatre mois durant. S’en suivent deux mois supplémentaires, à Aubagne, où un stage radio lui est proposé : « J’étais musicien, je jouais du saxophone, donc j’avais une certaine oreille, ce qui m’a ouvert les portes de ce stage radio. » Il reconnaît, d’ailleurs, que « grâce à la musique », il a pu rester au Poste de Commandement (PC), une fois en Algérie.

Son stage s’achève un samedi, jour où les officiers apprennent à leurs troupes : « Lundi, vous embarquez pour l’Algérie ! » Ayant droit à une « perm’ spectacle », Raymond s’empresse de prendre le train, afin d’embrasser ses parents et ses proches. Seulement, voilà...lors du trajet retour, il s’endort jusqu’à Marseille, sans son paquetage, resté à Aubagne ! La sanction tombe : deux semaines de « prison » ! Il n’embarque donc que le 15 juillet 1958, et arrive le lendemain à Bône, ville portuaire au nord-est de l'Algérie, aujourd’hui connue sous le nom d’Annaba. Après une nuit sous les tentes, un voyage en camion l’emmène jusqu’à El-Milia, commune située dans le Nord-Constantinois.

Raymond et ses camarades découvrent alors la vie dans le Fort. Seul diplômé « Opérateur de poste radio électrique de campagne », il est affecté aux transmissions. Il travaille soit du matin, soit du soir, trois ou quatre jours d’affilée, avant d’être de repos, trois ou quatre jours, également, et ainsi de suite. Beaucoup de messages étant codés, Raymond ignore le contenu de ce qu’il transmet.

Au sein du Fort, les hommes peuvent se détendre et se distraire au Foyer, pour « boire un coup », et assister, environ une fois par semaine, à une séance de cinéma. C’est d’ailleurs lors de l’une de ces séances que Raymond est soudain appelé à l’extérieur… Inquiet, mais obéissant aux ordres, quelle n’est pas sa surprise de découvrir son meilleur ami, quinze jours avant la libération de ce dernier !

Des matchs de football animent également le temps libre des hommes, deux équipes ayant pu être constituées, au sein même du Régiment.

Raymond partage sa chambre avec quatre compagnons ; il leur arrive souvent de disputer des parties de tarot, en misant des cigarettes ! « On fumait tous, et on fumait beaucoup ! »

 

 

 

Une bonne ambiance règne parmi les hommes, y compris avec les gradés, empreinte de solidarité et de camaraderie, sans « tire-au-cul » !, même si chacun défend sa peau, notamment lors des « opérations ». La majorité de celles-ci entraîne un départ en pleine nuit, poste radio sur le dos, fusil à l’épaule, casque sur la tête, et une ration à manger, dans les poches : « On allait dans le bled, le Colonel en tête, à la recherche de fellagas, mais on avait la chance de ne pas être en première ligne. » C’est ainsi qu’aucune perte humaine ne fut à déplorer, au sein de son PC.

Du fait qu’il est musicien, Raymond participe à plusieurs défilés militaires, notamment au moment des cérémonies commémoratives. Lors de l’un de ces défilés, il me raconte, l’oeil brillant, qu’une grenade est lancée sur les troupes, ne provoquant pas de pertes humaines, par chance. Néanmoins, dès le lendemain, Raymond et ses compagnons défilent à nouveau, voulant montrer qu’ils n’avaient pas eu peur !

Ils ont très peu de contacts avec la population locale, car « ce n’était pas recommandé. » Cependant, de temps en temps, il leur arrive de se rendre dans un café, tenu par des français, originaires de Cusset, à 500 mètres du Fort.

Raymond embarquera le 19 avril 1960, et sera « rayé des contrôles », le 12 mai.

Il me confie que « globalement, je n’ai pas été malheureux, même si j’ai passé plus de deux années en Algérie. Je connaissais l’existence des tortures, j’étais au courant des pertes humaines, lors d’embuscades…mais on ne savait pas grand-chose de l’avancée des événements. »

Lorsqu’il rentre en France, Raymond n’a pas envie de raconter son expérience algérienne. Il n’évoquera ses souvenirs qu’au moment d’intégrer les ACPG, en 1978, en compagnie de Bernard Pouyet.

Quand je lui demande son opinion sur ce conflit, il me confie que « les Colons ont beaucoup abusé, la population s’est révoltée, à juste titre, légitimement. Mais elle fut mal dirigée, par la suite, ce qui est très triste. Quand on est partis pour l’Algérie, on savait, au fond de nous, que l’indépendance, « ils » l’auraient... »

Notre entrevue se termine sur les photos que Raymond a prises, durant ces longs mois , grâce à un appareil, acheté à Marseille, juste avant d’embarquer. Des sourires illuminent les visages de ces compagnons d’armes qui prennent la pose, une cigarette à la bouche, la plupart du temps. « On était jeune, on était beau ! »

Même si tout ça, c’est bien loin, Raymond, voyez comme vos souvenirs sont restés intacts.

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