Sept.
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Sept.
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Dim.
EXPOSITION PHOTOGRAPHIES / AU-DELA DU REEL
Chissey-sur-Loue
Informations pratiques
AU-DELÀ DU RÉEL
JOURS DE GLACE
Enfant, qui d’entre nous n’a pas un jour cassé la glace des flaques parsemant parfois en hiver les chemins de campagne ? Ne l’a pas soigneusement mise en pièces à coups d’un talon inexplicablement rageur, avec d’autant plus d’énergie que celle-ci offrait au regard quelques arabesques, quelques bulles d’air emprisonnées, ou de fins dessins aux fragiles contours ?
Adulte, la mémoire de ce geste m’est encore curieusement familière et resurgit à chaque occasion. Il est un souvenir ineffaçable, comme une sorte d’étrange et ancestral réflexe. J’ai donc souvent porté les yeux sur ces flaques d’eau figées par le gel, tout en retenant cette fois raisonnablement le talon fatal. Jusqu’au jour où l’œil devenu photographique en a fait brusquement le sujet d’une exploration dont il ignorait l’étonnant potentiel créatif. Puis le regard s’est affiné, s’est élargi à d’autres lieux, tout aussi anodins mais également riches de somptueuses surprises.
Quinze années plus tard, en voici la quintessence, glanée ici et là au fil des jours de gel, comme une sorte d’éloge de la banalité, dans ce que sa sublimation a parfois d’extraordinairement réjouissante.
NAISSANCE D’UNE MATIÈRE
Voici la nuit qui arrive, voici le moment de la morsure. L’heure du 0° Celsius. Moment crépusculaire où la poigne de la glace se resserre sur l’eau des flaques et des ruisseaux, pour un court instant encore libre. Mais l’heure de la soumission approche. Le gel contraint l’élément à l’étreinte. Dans la pénombre, les mouvements se bloquent, les tensions naissent, les rigidités s’installent et dessinent des formes dans un enchevêtrement anarchique et pourtant structuré.
Dans sa brutalité, le gel a emprisonné feuilles et caillasses, inventant des îles sur de minuscules banquises. Fissures, orbes, pointes, festons et dentelles évanescentes, dépolis de couleurs satinées, miroirs de verre, courbes ou enchâssements brutaux nés des tensions du gel, un univers se recompose dans une infinité de paysages. Si le froid peut ériger aiguilles, brisures et encastrements, il est aussi capable d’attouchements plus délicats. Soutenu par la bise, il gante sa main polaire et ose la courbe sensuelle, l’arabesque, les vagues.
Au matin, la lumière rasante des premiers rayons du soleil instille ses subtils jeux de couleurs. Elle pastiche les impressionnistes, peignant ses toiles à petites touches de réfractions, de réflexions complexes. Des teintes délicates se nourrissent de la tectonique des glaces, de ses fractures et de ses montagnes, mêlant l’opalescence d’un bleu, la magie des ors de l’aube, les blancs et les gris de verre dépoli à la surface de miroirs imparfaits. Complexité, richesse des détails intérieurs et des matières, jeux croisés et complexes des formes, des transparences et des lignes.
Mais le jour avance, la lumière monte. Laissera-t-elle quelques minutes ou encore quelques heures d’immobilité créatrice à l’eau prisonnière et de répit au photographe ? Ou le peu de chaleur hivernale suffira-t-il à faire disparaître la féerie née du froid de la nuit ?
(Texte d’Allessandro Staehli, repris pour partie d’un article sur le début de ce travail photographique et publié dans la revue Salamandre)
FINS DE BAIL
FINS DE BAIL est le troisième et dernier volet de la trilogie AU-DELÀ DU RÉEL, qui m’a vu durant plus d’une décennie explorer photographiquement les surfaces de l’eau gelée (JOURS DE GLACE) et celles des objets abandonnés, oxydés, usés par le temps et les intempéries (NOUVEAUX MONDES). Il s’agit ici de révéler là encore l’étrange et surprenant potentiel graphique et imaginaire contenu dans ces supports parfaitement anodins que sont les vitrines enduites de blanc d’Espagne lors d’abandons d’activité, ou en cours de rénovation.
Le premier déclic est né de l’une d’elles, qui, de façon très inattendue, a accroché mon regard lors d’un simple déplacement en ville, alors que j’étais très loin à cet instant de toute préoccupation photographique ou artistique. Certes, mes explorations antérieures où en cours avaient considérablement aiguisé et façonné mon œil, mais celle-ci proposait d’emblée à ma vue un univers entier qui ne demandait qu’à être découvert.
Par la suite, ce travail allait cependant se montrer beaucoup plus complexe, voire ardu, que ceux entrepris précédemment. L’exigence particulière du Noir et Blanc issue du sujet lui-même, son « ascèse » d’une certaine façon, sa radicalité et la banalité plus marquée du support, m’ont demandé une attention et un effort d’imagination beaucoup plus importants qu’à l’accoutumée, afin d’en extraire les figures dignes des échappées abstraites et imaginaires qui sont le cœur de ma recherche. Rareté donc des résultats satisfaisants, obligeant à une quête permanente des opportunités au fil de mes déplacements.
Mais d’où viennent ces motifs, ces dessins, ces formes ? Tous sont issus des gestes faits par les inconnus à l’œuvre en ces circonstances, à grands coups de pinceaux ou plutôt de larges brosses, dans un unique souci d’efficacité impliquant une énergie certaine, dont j’ai bien souvent exploité le résultat désordonné. Parfois, le travail semble avoir été un peu plus inspiré, comme si le peintre occasionnel avait quelque peu orienté son intervention dans un sens un peu plus esthétique, donnant libre cours à une sorte d’inspiration immédiate, au-delà du geste utilitaire. Appuis plus ou moins forts, grandes échappées gestuelles, enchainements, recouvrements, pirouettes, en tout cas gestes voulus créant d’improbables effets graphiques prenant parfois sens, du moins pour moi. Restait à s’en saisir, en tout ou partie, et de les faire parler au-delà de leur message initial.
Enfin et surtout, les enduits au blanc d’Espagne, couches fragiles par nature, subissent au fil du temps toutes sortes d’agressions, frottements accidentels, effacements partiels, griffures, condensations d’humidité, coulures ou autres graffitis intentionnels… Et ce sont essentiellement ces accidents qui, par la grâce du cadrage photographique isolant telle ou telle partie, m’ont inspiré les oeuvres exposées ici pour la première fois.

