La naïssaude

L’auteur de ces lignes ose pénétrer dans le jardin fermé de la poétesse d’Auxerre Marie Rouget dite « Marie Noël » ; ces notes ont été recueillies dernièrement auprès de la famille de la nourrice, à Usy, où le souvenir de Marie Noël est resté vivant.

Le prestige de la nourrice morvandelle est à son apogée sous le second Empire. On ne tarit pas d’éloges sur sa santé, la pureté de son sang, son teint frais et vermeil dû à l’air et aux repas frugaux de ces pays granitiques.

Par cette nouvelle situation, les nourrices sont choyées.

C’est aux nourrices que l’on doit l’amélioration de l’habitat. Mais tout cela n’a été acquis qu’au prix de longues et parfois douloureuses séparations : au pays, les enfants s’élèvent tout seuls et le mari se débat, solitaire, avec les récoltes. Mais l’enrichissement n’a pas été que matériel : l’éloignement des nourrices a assuré une forme d’émancipation à la femme morvandelle qui a rapporté chez elle des habitudes d’hygiène et de confort. Surtout, des liens d’affection très durables, dont témoignent tant de correspondances, ont été tissés entre la famille de la nourrice et la famille des nourrissons, s’étendant sur plusieurs générations.

Dans ce contexte, la « Maïssaude ou la Joachime » fut la nourrice de Marie Noël : Marie Louise Rappeneau, fille du vieux « maïssaud » (maréchal-ferrant) d’Usy, fut mariée à Jean-Baptiste Joachim, cultivateur d’Usy, famille moyennement aisée, puisque Marie Rouget dénombrera chez la nourrice un certain nombre d’animaux de ferme.

Marie louise Joachim resta trente deux mois à Auxerre. Cela permit l’agrandissement, sinon l’amélioration la maison des Tréaux qui gagna un étage en perdant son toit de chaume : « Cette longue chambre ouverte aux deux bouts par une fenêtre, dont l’on regardait toujours Vézelay et ses tours lointaines ».   

Dès 1891, Marie Rouget vint en vacances chez sa nourrice. La même année pour la venue du quatrième enfant de la famille Rouget, on demanda d’envoyer balles d’avoines et fougères pour le berceau du nouveau-né. « La nourrice prit sa faucille et partit avec moi. Nous descendîmes par le Crot la route qui mène à  Précy, nous primes un chemin à gauche. Où allait-il ? Où allions-nous ? Ce fut dans un champ caché, oublié de tout le monde ».

Jusqu’à sa mort, Marie Rouget entretint une correspondance avec la famille Berthier d’Usy.