LE REPOSOIR ET SON HISTOIRE

Une origine monastique : de la vallée de Béol à la Chartreuse

Autrefois nommée vallée de Béol, l’histoire du village du Reposoir se confond avec celle de son monastère. En 1151, à la demande d’Aymon Ier de Faucigny, un moine espagnol venu de la Grande Chartreuse près de Grenoble, Jean d’Espagne, y fonde la Chartreuse du Reposoir.

Dans ce haut vallon alors uniquement peuplé de bêtes sauvages, les Chartreux accomplissent un travail colossal : ils défrichent les terres, organisent la vie pastorale et agricole en faisant venir les premiers exploitants de cette terre de Suisse avec la famille Pasquier, et instaurent au sein de la Chartreuse un mode de vie fondé sur le travail et la prière. Le lieu prend alors toute sa vocation : offrir une véritable oasis de paix et de recueillement.

Le Reposoir, "berceau " du Reblochon

"En 1151, le seigneur Aymon Ier de Faucigny nous légua à nous, les Chartreux, une partie de son domaine, la vallée de Béol. Plus tard, les fermiers exploitèrent nos nombreux alpages où nous passions régulièrement contrôler la production de lait afin de fixer "l'ociège" (l'impôt). Les jours de visite, les fermiers faisaient une première traite incomplète (traite = blocher) et dès que nous avions "tourné les talons", ils trayaient à nouveau leurs vaches (retraire = reblocher) !! Cette seconde traite leur fournissait un lait très crémeux, qu'ils utilisaient pour la fabrication de ce fromage rare et tendre : le Reblochon, qu'ils partageaient en famille et en secret !"

Un père chartreux du Reposoir

Traversée des siècles : de la tourmente au Carmel

Au fil des siècles, le monastère traverse de nombreuses vicissitudes : les destructions de la Révolution française, les pillages, puis l'expulsion de la communauté en 1901 qui conduit à une brève conversion des lieux en hôtel.

L'histoire bascule en 1922 lorsque Alessandra di Rudini, fille d’un premier ministre italien, racheta la Chartreuse après sa conversion pour entrer au Carmel. Après une restauration complète, le site devient officiellement un Carmel en 1932.

Aujourd’hui classé Monument historique, ce bijou du patrimoine savoyard abrite toujours une communauté de sœurs carmélites vouées à la vie contemplative. Entouré de bois et de prés verdoyants, le Carmel demeure un espace préservé où le silence est de rigueur.

Un cadre naturel d’exception dans les Préalpes savoyardes

Niché dans l’une des combes les plus pittoresques de la région, Le Reposoir jouit d’un environnement naturel d’une rare beauté. Le village est dominé par la cime élégante de la Pointe Percée (2 752 m d’altitude), point culminant de la chaîne des Aravis. Son climat vivifiant, associé à la fraîcheur des forêts de sapins et aux pâturages, offre un cadre aussi reposant qu'imposant.

Ce haut vallon est également un sanctuaire de biodiversité : en 1987, le ministère de l’Environnement a choisi le massif du Bargy (en direction du col de la Colombière) comme site de réintroduction du gypaète barbu, ce mythique vautour « casseur d’os » disparu des Alpes au début du 20e siècle.

Un haut lieu culturel, littéraire et médiatique

Par son atmosphère unique et la renommée de son abbaye, Le Reposoir a marqué la culture et les médias :

  • En littérature : le village a inspiré Henry Bordeaux pour son roman La Chartreuse du Reposoir (1923) et figure parmi les hauts lieux décrits par Samivel dans son ouvrage Les monastères de Montagne.

  • À la télévision et dans l'histoire politique : Le Reposoir a servi de cadre à l’émission de Pierre Bonte, Bonjour M. le Maire, en 1967. Plus tard, en 1978, le président Valéry Giscard d’Estaing y a fêté le 4e anniversaire de son élection avec tout le village lors d'un dîner.

Alliant patrimoine culturel, traditions agricoles, station de ski et nature sauvage, Le Reposoir a su développer ses atouts tout en préservant son caractère paisible et authentique.