PLAN DE PAYSAGE : UN OUTIL POUR RENFORCER LA RÉSILIENCE DU TERRITOIRE
Publié le dimanche 06 septembre 2026 - Parc naturel régional des Landes de Gascogne
Parc naturel régional des Landes de Gascogne
La démarche de Plan de Paysage pour la Transition énergétique et écologique du territoire du Parc naturel régional des Landes de Gascogne, débutée en 2023, consacre un volet important au risque incendie. Cet outil, apte à renforcer la résilience du territoire, identifie plusieurs actions concrètes en la matière. Ludivine Besnard, chargée de mission Paysage, répond à nos questions...
Le Plan de Paysage est issu d’un travail collectif mené avec les élus, les habitants et les techniciens lors de différents ateliers qui ont jalonné son élaboration. Cette démarche concertée a permis de faire émerger un projet structuré autour de 3 objectifs de qualité paysagère, 9 sous-objectifs et 65 actions, dont 19 consacrées au volet incendie et 9 actions déclics qui ont fait l'objet d'un travail approfondi.
Comment une démarche paysagère, comme le Plan de Paysage, peut-elle renforcer la résilience d'un territoire ?
Une démarche paysagère permet d’abord de porter un regard global et transversal sur le territoire. Le paysage est à la croisée de nombreuses thématiques — habitat, transports, infrastructures, agriculture, ressource en eau, tourisme, biodiversité, risques — et permet ainsi de mieux comprendre les interactions entre les différentes évolutions du territoire. Cette lecture partagée favorise la construction d’un projet cohérent et adapté aux enjeux locaux.
Le paysage constitue également un objet fédérateur, capable de réunir des acteurs aux compétences, aux intérêts et aux regards différents autour d’un projet commun. Cette capacité à décloisonner les approches est particulièrement importante face au risque incendie : le feu ne connaît ni limites administratives ni limites de compétence. Face à l’intensification des incendies et à l’émergence de la notion de « méga-feu », accentuées par le changement climatique, il devient nécessaire d’apprendre à cohabiter avec le risque : le comprendre, le réduire, mais aussi savoir réagir et s’adapter lorsque la crise survient. Dans ce contexte, l’approche paysagère peut contribuer à construire une véritable stratégie collective de résilience.
Cette résilience repose d’abord sur la capacité à faire équipe. La transversalité du paysage permet de croiser les expertises et de combiner les réponses techniques, réglementaires, d’aménagement et de sensibilisation. Elle invite les différents acteurs à dépasser leurs périmètres d’intervention pour construire une réponse commune et cohérente.
Elle suppose également de faire société. La prévention du risque ne peut reposer uniquement sur les dispositifs techniques ou sur l’action de quelques structures spécialisées. Les comportements individuels peuvent eux-mêmes être à l’origine d’un incendie. Vivre avec le feu implique donc que l’ensemble de la société prenne conscience de sa vulnérabilité et puisse s’approprier un projet de paysage contribuant à réduire le risque.
Enfin, la résilience implique de s’inscrire dans le temps long et de changer d’échelle. Les paysages évoluent progressivement et les réponses au risque doivent pouvoir s’adapter dans la durée, tout en restant cohérentes avec les autres objectifs de qualité paysagère du territoire. Les mesures doivent également être pensées à différentes échelles et adaptées aux caractéristiques de chaque site. L’objectif n’est donc pas de produire un « paysage du feu » standardisé, mais au contraire de faire du risque incendie une occasion de renforcer la diversité et la qualité des paysages, en s’appuyant sur les spécificités locales.
Ainsi, le Plan de Paysage peut devenir un véritable outil de résilience territoriale : il permet de mieux comprendre les vulnérabilités, de faire dialoguer les acteurs, de mobiliser la société et de construire, dans le temps long, des paysages capables de mieux s’adapter aux changements et aux crises à venir.
"Vivre les paysages du risque incendie", c'est passer d'une logique réactive face au feu à une culture du "vivre avec"...
Le risque incendie ne se limite pas à la menace du feu : il transforme la manière dont les habitants perçoivent et habitent leur territoire. Les incendies de 2022 en Gironde ont durablement marqué les communes touchées, faisant émerger un sentiment d’insécurité face à l’intensification des sécheresses et du risque incendie. La question n’est donc plus seulement de lutter contre le feu, mais de construire les conditions permettant de vivre avec le risque. Dans le massif landais, cela suppose de trouver un équilibre entre forêt de production, protection des espaces habités et qualité de vie. Le risque devient ainsi à la fois une question d’aménagement et une question culturelle.
Comprendre le risque pour ne plus seulement le subir
Une culture active du « vivre avec » commence par une meilleure connaissance du risque à l’échelle locale. L’objectif est de rendre l’aléa compréhensible et concret pour les habitants, afin qu’ils puissent identifier les situations à risque et adopter les bons réflexes.
L’approche paysagère complète cette connaissance technique en montrant comment le risque s’inscrit dans les espaces vécus. Il ne s’agit plus seulement de cartographier les zones exposées, mais de comprendre comment le risque est perçu, vécu et parfois atténué par les manières d’habiter.
Aménager des paysages capables de faire face au feu
La prévention doit ensuite s’inscrire dans les choix d’aménagement. Pare-feux, coupures de combustible, espaces ouverts et accès pour les secours sont essentiels, mais doivent être pensés comme de véritables composantes du paysage quotidien.
Une coupure peut-elle devenir un espace pratiqué ? Un espace ouvert peut-il accueillir de nouveaux usages ? L’enjeu est de dépasser une logique purement défensive pour adapter le territoire lui-même et réduire sa vulnérabilité.
Réinvestir les espaces du risque
Vivre avec le risque implique aussi de permettre aux habitants de se réapproprier les espaces associés au danger. Promenade, rencontre, production ou vie collective peuvent redonner une fonction à ces lieux et faire évoluer leur perception. Il ne s’agit pas de nier le risque, mais de l’intégrer aux pratiques quotidiennes. Cette démarche repose également sur une mobilisation collective : habitants, collectivités et professionnels doivent pouvoir agir ensemble grâce à la sensibilisation, l’information et la préparation aux situations d’urgence.
Cultiver la mémoire pour préparer l’avenir
Enfin, vivre avec le risque suppose de conserver la mémoire des catastrophes. Les traces laissées par les incendies et les récits des habitants constituent une mémoire collective qui peut devenir un outil de transmission et de prévention.
Le devenir des surfaces brûlées pose alors une question essentielle : que veut-on reconstruire après le feu ? Leur replantation, leur évolution naturelle ou leur transformation peuvent permettre de réfléchir à des paysages futurs à la fois productifs, habitables, désirables et moins vulnérables.
Vers une culture active du « vivre avec »
Passer d’une logique réactive à une culture active du « vivre avec » revient à considérer le feu comme une composante durable du territoire, à intégrer dans son aménagement et ses pratiques.
Cela repose sur plusieurs leviers : mieux connaître le risque, adapter les paysages, sensibiliser et préparer les habitants, et conserver la mémoire des catastrophes.
L’objectif n’est pas d’éliminer le risque, mais de transformer un territoire qui le subit en un territoire préparé, conscient et capable d’agir. Le paysage peut ainsi devenir un véritable outil pour apprendre à vivre avec le feu.
Comment l'objectif de qualité paysagère "Vivre les paysages du risque incendie" a-t-il été décliné ?
Il a été découpé en trois sous-objectifs de qualité paysagère (sous-OQP) visant à simplifier la compréhension du risque et à organiser les logiques d’intervention selon les différentes étapes de la prévention : connaître et appréhender le risque, agir sur les paysages pour réduire leur vulnérabilité, puis tirer les enseignements des événements passés.
Sous OQP n°1.1 : Appréhender le risque incendies
En lien avec les piliers de la gestion des risques en France, la démarche de ce sous-objectif est de :
- Le renforcement de la connaissance de l’aléa, afin de mieux documenter le risque incendie et son évolution ;
- La surveillance et la prévention : bien que le Parc ne soit pas l’acteur principal sur ces questions, son échelle territoriale reste pertinente pour relayer l’information et sensibiliser ;
- L’information et l’éducation, que le plan de paysage intégrera pleinement, à destination de tous les publics.
Sous objectif de qualité paysagère 1.2 : Aménager les paysages du feu
Les paysages issus de la gestion du risque seront investis par le plan de paysage, notamment autour des axes suivants :
- La prise en compte du risque dans les politiques d’aménagement du territoire et les documents cadres ;
- La réduction de la vulnérabilité du territoire, en mettant à distance l’aléa grâce à une approche paysagère, notamment par la réinvention des espaces de défense.
Sous objectif de qualité paysagère 1.3 : Cultiver la mémoire des incendies
Ce sous-objectif s’inscrit dans les deux derniers piliers de la gestion des risques naturels en France :
- La préparation à la gestion de crise, en accompagnant notamment les communes dans la rédaction et l’animation de leurs documents opérationnels (plans communaux de sauvegarde, dispositifs d’alerte, etc.), afin de favoriser une appropriation collective et une réactivité renforcée en cas d’événement ;
- Le retour d’expérience, par la capitalisation de la catastrophe. Certaines actions sont déjà engagées dans cette logique, comme l’élargissement de l’observatoire photographique des paysages pour intégrer le secteur incendié. Il est aujourd’hui essentiel de multiplier ces initiatives afin de cultiver durablement la mémoire de l’événement, de tirer des enseignements concrets, et de nourrir les stratégies d’adaptation futures.
Concrètement, quelles actions pourraient être mises en place ?
Trois pistes permettent d’illustrer des manières concrètes d’agir sur les paysages du risque incendie :
Action déclic 1.1.6 : Mettre en place des boîtes à risques spéciales PNR afin de…
- Repenser la « boîte à risques » en contextualisant son contenu et en y intégrant des éléments sur la construction des paysages des Landes de Gascogne.
- Traiter des risques spécifiques au territoire : incendies, tempêtes, etc.
- Faire varier les formats pédagogiques pour renforcer l’engagement (dessins, questionnaires, collages, jeux interactifs…).
- Diffuser largement la boîte dans les établissements scolaires et auprès des visiteurs, notamment durant la période estivale.
- Organiser des temps d’animation autour de la boîte avec des mises en situation ludiques sur le terrain.
L'objectif ? Mieux faire connaître les risques et développer une culture commune du risque auprès des habitants et des visiteurs, en s’appuyant sur des outils pédagogiques adaptés au territoire.
Action déclic 1.2.2 : Penser les lisières comme des espaces de projet afin de…
- Planifier à long terme les projets sur les lisières en mobilisant des outils adaptés, tels que des emplacements réservés dans les documents d’urbanisme.
- Lisière : trouver de nouveaux usages permettant de pérenniser les pare-feux et favoriser la complémentarité des usages d’un pare-feu à un autre.
- En cas de mise en place d’une agriculture, capitaliser sur des pratiques telles que les troupeaux de feu et mettre en place des outils de protection associés (ZAP - Zones Agricoles Protégées).
- Faire des lisières des espaces ambitieux en termes de qualité écologique et paysagère.
L'objectif ? Transformer les espaces de défense contre les incendies en véritables espaces de projet, capables à la fois de contribuer à la prévention du risque et de renforcer la qualité paysagère, écologique et les usages du territoire.
Action déclic 1.3.6 : Développer une programmation culturelle en lien avec la mémoire des incendies afin de…
- Faire vivre la mémoire des incendies au travers d’interventions artistiques, notamment en créant un musée à ciel ouvert.
- Associer une signalétique ludique, réplicable sur plusieurs sites du territoire, pour sensibiliser à la thématique des incendies.
- Mener une programmation d’animation régulière pour faire vivre les interventions artistiques et maintenir l’attention sur le sujet.
- S’appuyer sur le réseau de prestataires touristiques, « les Imaginaterres », afin d’initier le tourisme du secteur incendié.
- Valoriser le patrimoine et sensibiliser le public à l’art, à la gestion forestière et à l’écologie.
L'objectif ? Conserver et transmettre la mémoire des incendies, tout en faisant de l’événement un support de sensibilisation, de valorisation du patrimoine et de réflexion sur l’évolution des paysages.


