La vie Rieumoise de 1921 à 1939

La vie Rieumoise de 1921 à 1939

La vie rieumoise de 1921 à 1939

L’électrification de la ville est lancée l’été 1914. L’énergie provient d’une éolienne installée aux abattoirs (L’Ormette).Mais la guerre freine son extension qui n’est reprise qu’en 1924. Au mois de janvier 1922, « l’Union Sportive Rieumoise » bénéficie de la première subvention à une association allouée par la municipalité. « Le comité de la Cavalcade », qui chaque année propose un superbe défilé de char fleuris et les trompettes de « l’avenir Rieumois » sont  subventionnés à leur tour en 1924.

Des aménagements sont réalisés en ville, on installe des urinoirs, des bornes fontaines, le Pont bascule et le lavoir.

En 1925, Georges Serre crée le « Comité du Raid Hippique » qui offrira à la ville de belles courses. Le bureau de Poste est aménagé dans l’immeuble Bonnemaison et des lampes électriques sont installées en ville. Une aide exceptionnelle est allouée en 1927, au « Football Club Rieumois » qui s’est qualifié le 28 mars à Lézignan au championnat de France de 5ème série. Monsieur Benech, l’agent voyer de la commune, lance en 1928 le réaménagement de la promenade où il remplace la murette par un trottoir de granit. La circulation automobile commence à poser des problèmes : La première amende pour « excès de vitesse » a été donnée en 1921. Une taxe est instituée pour le stationnement des voitures le jour des marchés.

La lutte contre la Tuberculose et le cancer préoccupe la municipalité en 1929. L’année suivante c’est la création du « Sporting club Rieumois », la mise en place des bains douches, du circuit de la « Poste Automobile Rurale » et la tenue d’un grand concours agricole. Monsieur Benech poursuit ses travaux en « bitumant » la place d’armes et la promenade. En1931, une grande fête aux mulés se tient à Rieumes. La société de secours mutuels « les ouvriers de Rieumes » est fondée.

Le projet de la halle au veau est lancé en 1933. Ce bel édifice métallique, réalisé en 1935 devant les écoles (actuelle perception) sera démonté dans les années 197O. En 1934, l’électrification de la campagne est entamée au travers du « Syndicat de Forgues » dont Monsieur Bouchard, le maire du Pin, est le principal animateur. Cette même année, Monsieur Benech place les nouveaux bancs de la promenade, et on projette d’alimenter la ville en eau potable. Le pâtissier Paul Décamps et le futur maire François Beyria, installent en 1936 et le premier cours de tennis est crée sur un ancien vivier du chemin du Hangas (dépôt Malet). Au mois de février 1939, les pompiers sont restructurés.

La population Rieumoise en 1939

Le recensement de la population de Rieumes pour 1936 donne 185O habitants répartis en 61O ménages.

1676 sont français dont 525 hommes de plus de 21 ans (12 sous les drapeaux), 1151, femmes, enfants et jeunes de moins de 21ans. Les étrangers sont au nombre de 174 soit près de 1O% du total, ce qui est important.

Rieumes entre les deux guerres est alors dominée par les négociants. Ils se sont enrichis grâce à la prospérité commerciale de la ville, dont les marchés et les foires sont très importants.

La personnalité dominante à Rieumes entre les deux guerres est incontestablement celle d’Edouard Lasserre(1882 - 1938). C’est le fils de Paul (né au Lherm en 1849) et de Cécile Delzers. Cette dernière est elle-même la fille du maire de Lavernose, Charles Delzer, ami intime de Clemenceau. La sœur de Cécile épousera le célèbre rugbyman toulousain Maissonnier (mort pendant la grande guerre) et par son frère, Xavier, elle sera la tante d’Agnès Delzer, épouse du longagien Jean Sarrans.

Edouard Lasserre, conforté par l’assise familiale, devient maire de Rieumes en 1919. Il prospère dans le commerce du bois, ouvre des établissements à Toulouse qui seront repris à son décès en 1938 par son neveu Robert Plantié. Radical, foncièrement antisocialiste, Lasserre s’opposera à Roger qui ne pourra s’infiltrer à la mairie qu’à son décès.

Monsieur Lasserre a pris la place de l’imposant docteur Mulé (décédé en 1929). Mais nous allons retrouver  ce dernier avec son gendre, un autre négociant Georges Serre. Né dans le Cantal, il sera délégué spécial en 1943 puis maire de Rieumes de 1947 à 1953. Les deux autres sœurs Mulé se lieront respectivement à Emile Bertin de Beaufort et Jean Périssé, receveur, conseiller municipal et propriétaire à Bérat. Ce dernier obtiendra l’important domaine de Sagasan. Le fils Serre, Edmond, épousera la fille du quincaillier Gustave Maurette.

Les Nabonne sont cités à Rieumes dès 156O, d’ailleurs le quartier d’Engouillard vient du nom de l’ancêtre: Gaillard (en Gaillard = chez Gaillard). Après des revers divers, la famille était relativement modeste au lendemain de la grande guerre. Madame Nabonne, volaillère faisait son commerce d’œuf et de volailles.

Présente à chaque marché à son étal de l’angle de la mairie. Son fils Honoré reprit l’affaire. Ce commerçant de génie su exploiter la vogue des dindes. En effet le Sud Ouest dans les années 2O devint le principal exportateur de dindons vers la Grande Bretagne qui en était friande. Ajoutons à cela une commercialisation moderne de la volaille et des œufs qui fait de Nabonne une des plus grandes fortunes du coin.

Une belle réussite aussi pour les Lassègue. Jean Lassègue natif de Busy dans les hautes Pyrénées, se marie à Sauveterre puis s’installe à Rieumes comme hongreur, négociant de bétail et laitier. Il a deux fils qui suivent des chemins bien différents : si Oscar reprend l’affaire rieumoise, Bernard va suivre l’école militaire.

Premier de sa promotion, qui à un an près est celle de De Gaulle. Par sa mère il est lié à Samatan où d’ailleurs son oncle Martin Lassègue est installé. Bernard épouse la fille du maire et notaire, Madeleine Saint Laurent et sera à son tour maire de Samatan de1947 à 1954. Son fils, Pierre, maquisard au CFP à 2O ans sera le premier de l’agrégation en Droit ! Une gloire, bien différente mais plus populaire, sera celle de son cousin, Jean, le célèbre international de Rugby.

Les alliances familiales sont essentielles, on le voit, pour la prospérité économique et la réussite politique. Adolphe Beyria (né en 1869) est négociant en textile. Il va marier son fils à la fille d’un confrère, Julien Arexis. François Beyria sera maire de Rieumes de 1938 à 1943. La progression ne s’arrête pas là puisque sa fille va se lier au plus ingénieux des rieumois Maurice Périssé. Venu de la vallée d’Oust, Louis Soum, épouse la fille du roulier Durand. Le volaillier François Castex, futur créateur des « Fermiers Garonnais », recevra dès 1938, le jeune marseillais Baptiste Guérinni dont l’entreprise de volaille se repliera en 1943 de Marseille à Rieumes.

Trois affaires sont considérées comme « industrielles » en 1939 : les deux briqueteries (Pech à Marroule et Gestes à Touges) ainsi que l’entreprise de matériaux Sauveterre. Alfred Cucuron monte en 1895, une imprimerie qui deviendra vite la plus importante entreprise rieumoise, occupant jusqu’à une vingtaine d’employés. Alfred est né à Montgras en 1875, mais son grand-père Jean Marie est issu de Montastruc Savès où est demeuré son grand-oncle Jean Jacques. L’origine de la famille se porte néanmoins au Fousseret, où elle compte aux XVII et XVIIIème parmi les plus notables.

Le célèbre abbé Sicard, protecteur des sourds et muets n’est-il pas un Cucuron ? C’est Jean, marchand du Fousseret, qui achète et s’installe à Montastruc vers 165O, il en sera, de suite après le châtelain, le plus important propriétaire. Cependant le drame s’abattra en 1933, Alfred est victime de sa passion, les voitures. Son fils et héritier, Jean, n’a que 18 ans, malgré la tutelle du docteur Roger, l’entreprise va stopper sa progression.

Les professions libérales, sont représentées en 1936 par deux pharmacies, celle de Mme Pinos (succession Villot) et celle de François Giralt. On trouve ensuite un banquier (Campario), le notaire Rullier, le vétérinaire Darnaud et les docteurs Schwartz et Roger.

Rieumes est connu  pour le nombre, la qualité, la diversité de ses commerces et de ses artisans. En 1936, on y trouve: 

Habillement : 8 cordonniers (Cassé, Retrayt, Trille, Heuillet, Lecussan, Michel, Bertin, Penent), 2 tailleurs (Viallèle, Boufartigues), 1 sabotier (Seillan), 1 modiste (Mme Crabette).

Bâtiment : 5 charpentiers (Espécier, Estradié, Derrac, saint Cernin, Laplace), 1 électricien (Druot), 2 plombiers (Duthil, Plantié), 6 menuisiers  (Condis, Olivier, Soulès, Cazaux, Hugon), 3 plâtriers (Cabirol (deux frères), Besset), 1 peintre (Dedieu), 3 maçons ( Arnas, Canguilhem, Trivellini).

Alimentation : 4 boulangers (Bourgade, Chaubard, Amat, Sahuc), 8 épiciers (Baudet, Barateau, Péfaurre, Duthil, L’Epargne, Jausson, Calmés, Cazau), 3 pâtissiers (Décamps, Cassagnade, Soulès), 5 bouchers (Barateau, Nouilhan, Ad, Retreyt, Lafforgue), 2 charcutiers (Montaut, Vignères), 2 volaillers (Vivès, Castex ),3 caïffa ( Pradines, Tubéry, Bonnemaison), 3 primeurs ( Lannes, Castères, Clamens).

Transport : 5 mécaniciens (Gadrat, Mesplé, Lougarre, Laffont, Saunier), 3 forgerons (Montauriol, Montauriol, Dassié), 1 pompiste (Bazerque), 1 sellier (Baradat), 1 carrossier (Pons), 1 transporteur (Crotethézan), 2 charrons (Pauly, Laffont).

Restauration : 3 restaurants (Sourt, Doumayrou, Escale), 3 hôtels (Latronche, Capdeville, Delage), 2 cafés (Laporte, Bistos), 2 limonadiers (Matéo, Dario), 2 brasseurs (Caillis, Latronche).

Divers : 1 buraliste (Boube), 1 horloger (Augery), 2 quincaillers (Souilla, Lourmande), 1 libraire (Mme Sansas), 2  couteliers (Vignes, Cougot), 2 coiffeurs (Cousse, Carrère), 1 chiffonnier (Llaur).

Les Cougot sont une ancienne famille de Lespéres. Plusieurs frères s’installent à Rieumes à la fin du XIXème : bourreliers, ferblantiers et quincailliers. Plus modeste, mais dans la même activité les Plantié. Si une branche aisée s’était dégagée avec Victor qui épousera Lucie Lasserre, le ferblantier Jean (né en 1847) aura deux fils : Firmin et Calixte.

L’union Cougot - Plantié se fera par le mariage de René Plantié avec Margueritte Cougot.

Le rassemblement de toutes les petites affaires donnera une maison dont la compétence dans le domaine de la quincaillerie ne s’est pas démentie.

Autour de Lasserre sa clientèle. Le conseil municipal de 1919 radical, rassemble les « petits bourgeois ». On y trouve les propriétaires aisés comme les Crabette, et les Monnereau, le pâtissier Décamps, le charcutier Montaut, le cordonnier Penent, Lassègue, le quincailler Souilla, le professeur (patron du rugby), François Besset, le coutelier Vignes et l’industriel Sauveterre. La vieille droite va passer au radicalisme lorsque celui-ci va s’opposer au socialisme. Ainsi le meunier Dupin, Turines, Léon Barrichon, le boucher Retreyt, Laporte, le transporteur Crotethézan, Antipoul, Gesta, Réal, Lassègue, le riche épicier Victor Salles vont soutenir Lasserre.

Le socialisme va lui de fait, à la fin des années 2O, rassembler une clientèle plus modeste (le buraliste Boube), surtout des agriculteurs moyens comme les Gouzy, Rimailho, Cazaux, Gilibert, Bellecour, Boussés, un métayer (Cabanac) mais aussi des gens plus aisés dont les convictions sociales sont profondes, tel le primeur Lannes, son parent, Adolphe Bonnemaison, Arexis, le forgeron Montauriol.

Les étrangers

De 1888 à 1925 les Espagnols seront les principaux étrangers installés à Rieumes. Ce sont surtout des catalans de Lleida, mais on compte aussi des aragonais de Huesca et des originaires d’Alicante. Ils sont « concasseurs de cailloux », utilisés au-dessus de chez Fermis ou au Bois de Noé pour fabriquer les pavés, ou simple manœuvres.

Les premiers Italiens installés à Rieumes sont les Valente, au château de Mansencal. En 193O, ils sont majoritaires (48) sur un nombre de 92 étrangers, dont 31 Espagnols, 1 Portugais, 1 Arménien et, un Argentin !

Quatre ans plus tard, un ouvrier agricole polonais s’ajoute à la liste. En 1936 les étrangers représentent 9,5% de la population soit 160 personnes réparties en 47 familles. Dont 119 Italiens, 28 Espagnols, 4 Polonais, 4 Suisses, 5 Portugais. Mais déjà les naturalisations sont engagées.

En 1954, la proportion d’étrangers n’est que de 9%, mais la naturalisation, surtout celle des Italiens engagés dans la résistance ont été nombreuses (64 cas au moins). Les Italiens dominent le groupe des 138 étrangers avec 113 personnes (contre 6 Espagnols, et 14 Polonais). Leurs enfants nés en France sont citoyens français et les mariages mixtes sont de plus en plus nombreux.

La grande majorité de l’immigration italienne provient du nord Est de l’Italie, du Frioul, Bergone, Trévise et de la Vénitie. 55 606 émigrés sont dans le Sud Ouest en 1936, surtout sur le Lot et Garonne. Mais il y aura des retours importants de 1937 à 1942, puis une nouvelle vague d’émigration de 1946 à 1954. Les naturalisations sont régulières à partir de 1954.

L’assassinat de Matéoti en juin 1924, provoque de graves tensions, beaucoup d’antifascistes quittent l’Italie. Mais de 1925 à 1939 des « fils à papa riches, bons danseurs » achètent des propriétés dans le Sud Ouest y entretenant le Fascisme, autour du Consul Général italien de Toulouse. Deux clans radicalement opposés existent donc dans la communauté italienne en 1940.

Mais l’immigration italienne ne va pas se faire sans problèmes. A l’époque où les Italiens arrivent en Gascogne, les ouvriers agricoles et surtout les métayers français avaient des revendications inacceptables pour les propriétaires. Ceux-ci en ont donc fait des fainéants aux yeux de l’opinion. Les métayers gascons qui voulaient, « supprimer toutes les corvées et redevances, prélever les deux tiers des récoltes et de tous les bénéfices en laissant aux propriétaires la charge entière des impôts et des prestations » sont déboutés par les notables qui se servent des Italiens pour les remplacer.

Si l’on ne s’étonne donc pas « de l’accueil chaleureux que firent aux familles italiennes les propriétaires gascons. Ils découvraient en elles des métayers travailleurs, courageux, sobres, dociles et polis, comme depuis longtemps ils n’en trouvaient plus » (Marcel Rémond), Nationalistes et syndicalistes ne sont pas du même avis.

Des journaux évoquent dès 1926 « la colonisation méthodique, tenace, calculée des Italiens dans le Sud-Ouest », parlant même de la Garonne transformée en Grand Canal et de la Gascogne qui « ne sera plus bientôt qu’une province romaine ». « Une puissante poussée italienne envahit nos plaines et méthodiquement acquiert le sol ».

Des propos sont franchement racistes : « Les Polonais et les Italiens du Nord apportent en effet une vigueur physique, une robustesse qui leur permettent dans les plus rudes travaux manuels un rendement exceptionnel ».