Une capitelle dans un état de conservation remarquable

Sur le territoire de la commune de Liouc se trouve un remarquable exemple d’une architecture traditionnelle largement répandue en Occitanie : l’architecture en pierre sèche. Celle-ci concerne principalement une forme simple et fonctionnelle de l’habitat rural, communément appelée la cabane de pierre sèche.

Le terme « capitelle » (féminin), dont l’orthographe « capitèle » est très rare, est une forme francisée de l’occitan capitèl (masculin), utilisé en Ardèche, ou de capitèla (féminin), employé dans les garrigues du Gard. Le mot est attesté dès 1620 sous la forme « cappitelle » dans les actes notariaux de Nîmes, où il désignait une cabane de vigne. Diffusé par les érudits gardois et ardéchois au XXe siècle, le terme « capitelle » a connu un large succès, supplantant progressivement les appellations vernaculaires dans plusieurs régions, notamment dans l’Hérault, l’Aude et les Pyrénées-Orientales, au point de devenir parfois un terme générique pour désigner les cabanes de pierre sèche dans l’ensemble du Languedoc-Roussillon.

Les appellations données aux cabanes de pierre sèche sont nombreuses et variées. Issues pour la plupart des langues régionales, elles ont généralement été francisées. Les « capitelles » constituent une appellation vernaculaire, c’est-à-dire utilisée par les bâtisseurs et les usagers de ces constructions. Ces termes ont perduré bien au-delà de la période d’utilisation effective de ces édifices et couvrent des aires géographiques plus ou moins étendues, parfois au-delà des frontières régionales.

À l’inverse, l’expression « cabane de pierre sèche » est une dénomination générique, compréhensible par tous, du grand public aux spécialistes, indépendamment de la localisation des constructions. Le mot « cabane » renvoie au caractère modeste et utilitaire de l’édifice, tandis que l’expression « pierre sèche » précise le matériau utilisé et la technique de construction employée.

C’est dans la région de Nîmes, où les capitelles se comptent par centaines, que le terme « capitelle » est exclusivement utilisé et demeure le nom endémique de ces constructions. Leur répartition géographique permet d’éclairer leur fonction : ces cabanes étaient des dépendances agricoles, plus ou moins éloignées de la ferme, utilisées de manière occasionnelle, temporaire ou saisonnière.

Elles servaient à la fois d’abris pour les hommes et les bêtes, de lieux de stockage pour les outils et les semences, et parfois de refuge. Par la suite, certaines de ces cabanes agricoles, notamment les plus élaborées, ont été utilisées comme abris pour les bergers.

Longtemps considérées comme très anciennes, voire antiques, et conçues pour durer, ces constructions sont aujourd’hui reconnues comme les vestiges d’un vaste mouvement moderne de mise en valeur et d’aménagement rationnel des marges agricoles. Leur période de développement la plus intense se situe approximativement entre 1760 et 1860. Depuis près d’un siècle, elles sont entrées dans une phase de déclin et de disparition progressive, effaçant peu à peu du paysage rural ces structures agricoles qui représentaient pourtant, en leur temps, un haut niveau de maîtrise technique.

Comme l’indique l’expression « pierre sèche », ces cabanes sont construites à partir de pierres extraites du sol lors des travaux agricoles : moellons, plaquettes, blocs ou dalles, bruts ou simplement ébauchés. La mise en œuvre repose sur la maçonnerie à sec, c’est-à-dire sans mortier ni liant.

La technique de la maçonnerie en pierre sèche est très ancienne, utilisée dès la Préhistoire, sans que cela signifie pour autant que les capitelles visibles aujourd’hui datent de cette époque. Ces constructions ont été édifiées avec des matériaux naturels, à l’aide d’outils manuels et du savoir-faire des paysans qui façonnaient les pierres extraites de leurs terres.

La capitelle de Liouc illustre parfaitement ces principes. Sur le plan architectural, elle repose sur un plan circulaire : les assises successives de pierres se rapprochent progressivement jusqu’à se rejoindre, la dernière étant coiffée d’une grande dalle terminale, formant ainsi une voûte parfaitement équilibrée. L’entrée est orientée au sud, orientation typique des constructions méridionales, recherchant la lumière et la chaleur du soleil. L’intérieur est enduit d’un mortier de chaux, probablement afin de favoriser la conservation des récoltes.