Origine du nom CASTETNER

Origine du nom CASTETNER


Article rédigé par Philippe Crabé à partir de recherches personnelles et de notes prises lors de la conférence de Jean Monbeigt du 19 septembre 2009 à l’occasion des journées du patrimoine organisées à Castetner par la municipalité et son maire Henri Conques avec le soutien de l’association Mémoire du canton de Lagor et des Vallées de son président Jean Ouerdane et de son trésorier Maurice Rathier (qui habitait maison Tailleure à Castetner).


Castetner (en béarnais Castèthner ou Castètné). Le gentilé est Castetnerois.

« J’ai cherché un texte qui donne le nom latin de Castetner et finalement je l'ai trouvé grâce à M. Lafargue qui est professeur à l'Université de Toulouse et qui possède un site assez extraordinaire « obediences.fr » et sur lequel on trouve beaucoup de renseignements sur les établissements religieux.

Jean Monbeigt 

Le nom latin de Castetner est donc : Castrum Nigrum.

Il figure dans un endroit tout à fait digne de foi, c'est-à-dire dans les archives secrètes du Vatican, où l’on trouve une requête déposée en 1377 par un certain Johannes de Bayriou, recteur de l'église Santa Maria Magdalena de Castro Nigrum, pour devenir chanoine de Lescar.

Cette appellation Castrum Nigrum est particulièrement intéressante puisqu'il existe d'autres Castrum Nigrum dans le monde romain.

Par exemple en Catalogne, à l'embouchure du fleuve Niestre, en Roumanie, en Hongrie, etc.

 À l'embouchure du Niestre, le Castrum Nigrum est associé de l'autre côté du fleuve à un Castrum Album. Et le terme Castrum Album est très ancien puisqu'on le trouve chez l'historien romain Titelive, pour désigner une ville d'Ibérie. Et tous ces Castrum désignent en principe des citadelles fortifiées et parfois des villes.

Ici, nous avons donc Castetner : le Castrum Nigrum, avons-nous de l’autre côté de la rivière un Castrum Album ?

Ici de l’autre côté du gave, nous avons Castetalbe, qui est devenu depuis Castetarbe, nom dérivé de Castet Albe, c'est-à-dire : le Castrum Album

Le nom de Castetner vient du latin Castellum Nigrum : pas le “château noir” comme on le dit parfois, mais le “camp noir” ou plutôt le “fortin noir”.

Ses adjectifs de couleur seraient des épithètes attribuées à certains peuples. Ce qu'il faut dire c'est que la toponymie de l'Aquitaine antique est très largement influencée par le soleil et l'eau. Et tout simplement parce que les anciens aquitains devaient rendre un culte qui s'est prolongé dans le culte chrétien des sources guérisseuses.

Mais ce qui est encore plus curieux, c'est qu'en fait, il n'y avait pas deux castrum, mais il y en avait trois, et le troisième, c'était celui de Castetis. Et toujours, selon les archives secrètes du Vatican, Castetis c'est Castrum Tutinum.

Et la ville de Thuin en Belgique s'appelait aussi jadis Castrum Tidum, et c'était une abréviation de Castrum Matutinum, le camp du matin ».

L'explication de cet ensemble est assez étonnante. Il ne s'agit pas d'une simple coïncidence géographique, mais d'une véritable organisation spatiale héliocentrique (orientée par le soleil) qui remonte probablement à l'époque antique.

Voici le détail de ce système de "signalisation lumineuse" naturelle :

La Triade Solaire : Noir, Blanc et Matin

Le système repose sur la position de l'observateur situé au Castetner Bielh (le vieux Castetner).

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La toponymie a gardé trace du site de l'ancienne Castrum Nigrum, c'est celui de Castetner Bielh.

 La grange de Castetner Bielh était une maison et Castetner Bielh c'est le vieux Castetner. C'est là que se trouvait le site de l'ancien village de Castetner, peut-être l'ancienne cité de Castrum Nigrum. Et ce site se trouvait sur les deux flancs de la colline.

Et le mot Castetner Bielh apparaît déjà en 1343 pour l'hommage rendu par les habitants de Castetner et du Larbaigt à Eleonore de Comminges.

Sous terre, peut-être avons-nous, les vestiges de la cité antique. Un jour la route de Castetner s'est effondrée et à 1m50 de profondeur on a trouvé une magnifique route pavée. Au début du XXe s., dans un pré situé proche de l’emplacement de l’ancien temple (maison Barrué numéro 135), au début du chemin de Lasbistes, le sol s’est effondré au passage d’une vache. Le trou dans lequel elle était tombée ressemblait à une portion de souterrain. Des fouilles archéologiques pourraient peut- être donner des résultats intéressants ?

Autour de ce vieux village, nous trouvons le Castellum (le castet ou le castera). Le Castellum est le fameux camp romain décrit pour la première fois par Paul Raymond comme l'un des plus splendides de la région, avec celui de Saint-Boès. 

Paul Raymond, né Paul Raymond Lechien est un archiviste et historien français né le 8 septembre 1833 à Belleville, aujourd'hui Paris 20e, et mort à Paris le 27 septembre 1878, archiviste départemental des Basses Pyrénées de 1857 à 1877, membre puis président de la Société des Sciences Lettres et Arts de Pau

Ce camp romain qui domine le village et les vallées du Gave de Pau et du Laà occupait une position stratégique très importante.

Il a été décrit d’une très belle manière par le grand archiviste des Basses-Pyrénées, Paul Raymond, qui vint à Castetner et donna dans ses carnets conservés aux Archives Départementales une description du Castera de Castetner, autrement appelé Casteth :

  « Au nord, ce camp offre des épaulements encore bien conservés et le sentier est probablement placé sous l’ancien fossé. A l’ouest, la tranchée se dessine nettement avec la double enceinte. La porte décumane (c’est à dire une porte orientée Est-Ouest) apparaît encore. Mais au sud la hauteur est splendide et l’assaut devenait impraticable. La pente s’adoucit à l’est et est à peine élevée au-dessus du sol. Au milieu point de vestige, nulle trace. Ces restes sont cependant splendides et la vue n’est égalée que par celle de Saint-Boès. »

Toujours selon Paul Raymnd, une pierre écrite (pèira escribuda) se trouvait jadis à l'entrée du camp romain de Castetner et l'instituteur "ne savait pas si c'était du grec ou du latin". Les enfants de l'école jouaient sur cette pierre au cabilhou, jeu traditionnel béarnais. Vu la nature du jeu, il s'agissait donc d'une grande pierre plate. Ce camp est accompagné d'une imposante motte castrale (lieu-dit la Motte).

Le toponyme Castetner apparaît sous les formes Casteg-ner (censier de Béarn), Castetne et Castegnee (respectivement 1538 et 1568, réformation de Béarn).

Le toponyme le Haut-Castetner apparaît sous la forme le toron aperat lo Casteg de Castegner, « le toron appelé le château de Castegner » (1545, réformation de Béarn).

Sous l'Ancien-Régime, Castetner comportait trois quartiers :

  • le Haut-Castetner
  • le "quartier de l'enceinte". Cette enceinte n'était pas comme on l'a prétendu en bois mais en pierre (dès le XIIIe siècle il est question des « châteaux et forteresses de Larbaig »). Elle était de dimensions assez importantes et comportait quatre portes, appelées aussi "pourtaus" : la porte "de deban" (de devant », la porte "de darrèr" (de derrière), celles de "dessus" et de "debaig" (de dessous) : vers l'est, l'ouest, le nord et le sud.

 L'enceinte se situait en bas du côteau, au niveau des « embarrats » (fossés) et non en haut au niveau du camp du castèth. (Archives notariées du Larbaigt). L'enceinte existait encore au XVIe siècle.

  • le Bas-Castetner

Le site de Castetner dont les vestiges ont été soigneusement ensevelis sous de la terre rapportée par la création de fondrières, des « galihosses », comporte plusieurs éléments intéressants :

  • le site de la vieille cité de Castetner : « Castetner-bielh »,dont le nom apparaît ainsi dès 1343 et qui s'étend des deux côtés de la colline.
  • le site du « camp romain » : sur ce site furent bâties l'ancienne école d'où les enfants sortaient pour jouer et l'ancienne église de la Madeleine qui dominait tout le pays environnant et les routes de Saint-Jacques. Dans le porche de cette église se trouvaient la sépulture de la famille de Marrimbordes (ensuite Ozenx-Marrimbordes), « besins » et prébendiers de la prébende de la « Maria-Magdalena » (Archives notariées du Larbaigt).
  • les vestiges « ensevelis » de l'enceinte.
  • la motte castrale au lieu-dit « la Motte de Baure » qui s'étend sur environ deux hectares et qui comportait peut-être jadis l'établissement appelé « la Saubalade de Baure ».