VMAG 23

Publié le mardi 30 juin 2026 - Villepreux

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V Mag 23 – 2026Retrouvez l’entretien complet :

Entretien – La transition écologique au cœur de l’action municipale

Depuis 2020, la Ville a accéléré son action en faveur d’une politique de développement durable et de de transition écologique communale ambitieuse, pragmatique et proche des préoccupations quotidiennes des Villepreusiens. Depuis la fin du précédent mandat, la municipalité travaille également sur une démarche globale d’adaptation au changement climatique. Reconquête de la biodiversité, sobriété et efficacité énergétique, rénovation de son patrimoine, prévention des risques … Villepreux anticipe les grandes mutations pour préparer le territoire et sa population à la culture de la résilience locale. Monsieur le Maire et les élues Chloé Boitier (Transition écologique, Développement durable, Énergie, Patrimoine), Sandra Sigault (Environnement, Espaces verts, Biodiversité et Condition animale) et Laurence Morelle  (Agriculture et Alimentation) nous en parlent.

Question : Comment définiriez-vous la politique de développement durable et de transition écologique menée à Villepreux ?

Le Maire : Je la définirais en trois mots : ambitieuse, globale et structurée. Je ne confonds pas développement durable et transition écologique. Le développement durable est une démarche globale et transversale qui irrigue toutes nos politiques publiques communales. Environnement, santé globale, solidarité, éducation, handicap, gouvernance et citoyenneté figurent parmi les nombreux champs de l’action publique qui participent d’une politique de développement durable. Depuis 2021 Villepreux établit son rapport de développement durable. C’est un document facultatif mais que nous présentons au Conseil municipal car il traduit une volonté d’agir, porte une méthode, définit des objectifs réalistes et évoque aussi des résultats encourageants.

Depuis 2020 nous avons eu à cœur de bâtir une stratégie cohérente pour agir à la fois sur la préservation de notre environnement, la qualité de vie des Villepreusiens et l’adaptation de notre territoire aux défis climatiques. Lors du précédent mandat nous avons vécu une crise sanitaire inédite, une crise énergétique majeure et des épisodes climatiques aux impacts importants (inondations, grêle, feux agricoles et de forêts, épisodes caniculaires). Nous avons su faire face. Nous ne pouvons nous contenter d’observer ces éléments. Face au changement climatique, les territoires doivent sortir de la logique de gestion de crise et s’engager dans une préparation sur le long terme. Nous devons anticiper pour ne plus subir car ces évènements naturels seront plus fréquents et plus intenses. La vague de chaleur que nous traversons en ce moment même en témoigne.

Question : Quels enjeux identifiez-vous à Villepreux et quelles réponses ou solutions déployez-vous ?

Le Maire : Il faut d’abord resituer les choses. Villepreux n’est pas une île isolée au beau milieu du pacifique ou un village coupé du reste du monde. La commune est partie intégrante d’un territoire qui possède des atouts et des vulnérabilités. Villepreux possède 75% de terres agricoles, boisées et naturelles. C’est une chance ! Une force. On sait que 3 quarts de la commune, grâce notamment au site classé de la Plaine de Versailles, n’est ni urbanisable, ni artificialisable. Mais on sait aussi que les terres agricoles, les forêts, ou encore le ru de Gally peuvent faire l’objet de feux, de pollutions, de crues. On peut aussi citer le retrait-gonflement des argiles. Il est donc important de connaitre ces risques naturels spécifiques au territoire pour mieux les contenir. Tout cela figure dans notre Plan communal de sauvegarde.

Parmi les étapes structurantes, je citerais la révision du Plan Local d’Urbanisme adopté en 2024. Il privilégie la réhabilitation plutôt que l’extension et l’étalement urbain. L’objectif est de préserver notre cadre de vie, les espaces verts et leur biodiversité.

Sandra Sigault : Nous avons également amorcé une politique de renaturation de la ville, grâce à des projets de végétalisation. Nous avons priorisé les cours d’école et certains espaces publics très minéraux comme l’était la place Riboud avant travaux. Nous entendons poursuivre. Entre 2020 et 2026, nous aurons réalisé 13 projets d’aménagement et de végétalisation des espaces publics. Nous avons réalisé 5 projets de vergers et jardins partagés. Au total, 166 arbres auront été plantés pour seulement 16 abattages rendus nécessaires pour des raisons de sécurité ou de gestion du patrimoine arboré. L’objectif de la végétalisation est de créer des ilots de fraicheur devenus indispensables au confort des habitants, mais aussi de verdir pour mieux capter les émissions carbone. En lien avec SQY, nous nous sommes dotés d’une stratégie locale d’adaptation au changement climatique (SLACC). Elle permet de porter des actions concrètes d’atténuation et d’adaptation. Et puis, nous devons également faire face au développement d’espèces nuisibles telles que les chenilles processionnaires, les frelons asiatiques ou les moustiques tigres. L’enjeu sanitaire est inhérent à la transition écologique.

Laurence Morelle : Les enjeux sont aussi agricoles, et donc patrimoniaux et alimentaires. Nous portons des actions de protection et d’accompagnement des exploitations agricoles. L’APPVPA (Association de la Plaine de Versailles) est un acteur majeur de la sauvegarde et de la valorisation de ce site constitutif de notre identité locale. Vous savez aussi à quel point le « bien manger », local, bio en grande partie, est une priorité pour nous, et nos enfants. Notre cuisine centrale, formidable outil, est en quelque sorte l’ambassadrice de cette exigence.

Chloé Boitier : Il y a aussi l’enjeu patrimonial qui est colossal. Comme dans de nombreuses communes, Villepreux possède un patrimoine communal (cinquantaine de bâtiments) datant des années 70-90. C’est-à-dire des équipements publics qui ont parfois plus de 50 ans ! Ce patrimoine abrite des services publics : écoles, gymnase, salles associatives, mairie, théâtre … L’audit réalisé en 2021 permet de dégager des priorités en matière de réhabilitation et rénovation. Le plan de sobriété énergétique adopté en 2022 permet aujourd’hui de passer d’une sobriété subie à une sobriété choisie. La priorité est donnée aux travaux d’isolation thermique des bâtiments publics accueillant les publics et notamment les écoles. 3M€ (hors subventions) d’investissement ont permis de réaliser des travaux structurants sur Marie-Curie et Jean-Rostand. La Maison des Arts au Village est aussi un exemple de requalification – rénovation réussie. Nous arrêterons à l’automne la nouvelle programmation pluriannuelle bâtimentaire pour le mandat. L’enjeu est double : mieux maitriser la consommation et réduire la facture énergétique (sobriété), et agir sur le confort d’hiver comme d’été pour les utilisateurs. Les prochains travaux concerneront les écoles du Val Joyeux et du groupe scolaire Prieuré-Gérard-Philipe à partir de l’été 2027, ainsi que la verrière de l’Hôtel de Ville qui est une véritable passoire thermique. Nous devrons composer avec les contraintes réglementaires (décret tertiaire) et budgétaires.

Ces investissements structurants sont-ils suffisants ? Notamment dans les écoles pour protéger les enfants de la chaleur ?

Chloé Boitier : Un bâti mal isolé ou mal piloté n’offrira jamais une bonne situation de confort. Tout comme chauffer massivement un bâtiment qui fait l’objet de grosses déperditions n’aura pour conséquence que de gaspiller l’argent public. Il est donc nécessaire de s’attaquer à la structure bâtimentaire. Pour autant, nous pouvons aussi porter des actions complémentaires. Avec les services et Elisabeth Martin-Chatenêt, 1ère adjointe chargée de l’Enfance, de la Jeunesse, de la Vie scolaire et périscolaire, nous avons décidé d’expérimenter les brasseurs d’air. Nous les déploierons progressivement dans les salles de classes les plus chaudes. Je pense aussi que les films anti chaleur sur les vitres apporteraient un plus. Nous équiperons aussi chaque école d’une salle dite « refuge fraicheur ».

A côté de la sobriété, il y aussi l’efficacité énergétique. Quid des énergies renouvelables ?

Chloé Boitier : L’efficacité énergétique consiste à utiliser moins d’énergie pour accomplir la même tâche, ce qui permet de réduire les factures d’énergie et la pollution. En France, l’objectif est l’atteinte de la neutralité carbone à 2050, ainsi que la réduction de nos impacts sur l’environnement. La priorité est d’abord de réduire nos consommations d’énergie par des efforts de sobriété et d’efficacité, ensuite de substituer le recours aux énergies fossiles par des sources d’énergie aux très faibles émissions de gaz à effet de serre telles que les énergies renouvelables.  D’ici 2030 la France doit atteindre une part de 33 % d’énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie. Au local, la ville agit en développant le photovoltaïque sur son patrimoine quand cela est possible ainsi que les cuves de récupérations d’eaux pluviales pour ensuite arroser les espaces verts.

Une étude sur les réseaux de chaleur est actuellement menée avec SQY afin d’identifier les solutions les plus adaptées pour l’avenir énergétique du territoire.

Le Maire : Sans entrer dans les sigles et les considérations techniques, il convient désormais de territorialiser les objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) et de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC). Ce sont des enjeux cruciaux que j’ai la chance de suivre à la COP Ile de France et au comité régional de l’énergie où je représente les Maires de la région. Pour faire simple, il faut à présent répondre à la question suivante : quelle source d’énergie pour quel usage ? Je crois que la France prend, enfin, conscience que le nucléaire est un atout qui va lui permettre d’accélérer l’électrification des usages. Le mix énergétique doit être complété par le renouvelable.

La transition écologique et énergétique a un coût. Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Le Maire : C’est évident. Il y a urgence à agir, sans idéologie et avec réalisme, si l’on ne veut pas précisément s’éclairer et se chauffer à la chandelle. L’inaction a été chiffrée à 11,4 points de PIB en France à horizon 2050 par la Cour des Comptes. Cela représente 7 points de plus que le coût des actions d’atténuation du changement climatique. En d’autres termes, investir pour la transition s’avère financièrement bénéfique sur le moyen-long terme.

En revanche, les collectivités sont bien seules dans cette affaire ! Le patrimoine bâti des collectivités, c’est 225 000 bâtiments, soit 280 millions de m², dont la moitié concerne les écoles. Pour être à la hauteur des rénovations, il faudrait que les collectivités investissent 19 milliards € par an. Pourtant, le Fonds Vert, ce levier essentiel de l’Etat dont Villepreux a pu bénéficier pour ses travaux d’écoles fond plus vite que la banquise !  Il est passé de 2,5 milliards en 2024 à 800 M€ seulement cette année. On est loin du compte et nous sommes devant un mur d’investissement qui va donc nous appeler à prioriser et renoncer à des projets. D’autant plus qu’aux bâtiments s’ajoutent les réseaux souterrains. Vieux de 150 ans pour certains. Il faudra nécessairement les rénover. Je pense notamment aux réseaux d’assainissement. Ce n’est pas visible pour nos concitoyens, mais c’est notre quotidien : l’eau et l’énergie.

Quelle place pour les habitants dans ces enjeux de transition écologique et développement durable ?

Le Maire : Leur sensibilisation et leur implication sont vitales ! L’un des défis majeurs consiste à rendre ces sujets accessibles et acceptables par tous. Une politique environnementale ne peut réussir que si elle est comprise et partagée. Il n’y pas de transition sans accompagnement au changement. Je ne suis pas fan des mesures coercitives. Il faut embarquer tous les acteurs locaux et susciter leur mobilisation sur des objectifs réalistes et non fantasmés.

Sandra Sigault : C’est pourquoi nous organisons régulièrement des événements pédagogiques comme lors de la Semaine du développement durable ou de journées écocitoyennes. Ces rendez-vous permettent d’échanger avec les habitants et de les associer aux réflexions sur la protection de l’environnement. Les associations locales sont aussi très mobilisées. Je pense notamment à Villepreux Environnement qui participe à la réhabilitation du secteur de la Côte de Paris grâce à la mise à disposition de parcelles aux habitants, pour la création de jardins vivriers et d’agrément. Les associations Les Clayes-Villepreux en Transition, le Réz’ô, le Dressing promeuvent des pratiques durables en matière de réduction des déchets, économie circulaire, préservation des ressources. Nous menons également des actions de sensibilisation dès le plus jeune âge dans les écoles et les accueils de loisirs, notamment à travers le Passeport du civisme et le Conseil Municipal Junior. Enfin, nous proposons des conférences et des actions avec l’ALEC 78 afin d’accompagner les habitants sur les questions de rénovation énergétique.

Les Villepreusiens sont-ils au rendez-vous selon vous ?

Laurence Morelle : Chacun participe à son niveau à la préservation de notre environnement. Je constate avec enthousiasme l’engagement croissant des habitants lors des différentes actions organisées par la ville, et notamment des plus jeunes. Le World Clean Up Day en est un excellent exemple. Cette journée de nettoyage de la nature rassemble chaque année davantage de participants : écoles, résidence pour personnes âgées, foyers Camille-Claudel et Prieuré, collège, CEFP … Je pense également aux éco-délégués du collège qui jouent un rôle important dans la sensibilisation de leurs camarades. Les habitants répondent présents aux actions de sensibilisation. Ainsi, la récente distribution de composteurs organisée avec l’agglomération a rencontré un véritable succès.

Le Maire  : La transition écologique c’est aussi l’aménagement et l’urbanisme, les mobilités, la politique cyclable, la condition animale …  Le développement durable comme la transition écologique sont des démarches collectives, intergénérationnelles, des petits pas. Mais ce sont bien ces petits pas qui mènent aux grandes victoires. Je crois que les Villepreusiens sont prêts à s’engager pour l’écologie dès lors qu’elle est concrète, positive et non punitive.